Barèmes Macron, la vraie fausse excuse des DRH ?

10/02/2020

Les barèmes d'indemnisation en cas de licenciement abusif commencent à s’imposer comme des références devant les Conseils des Prud'hommes.

images

Toutefois, beaucoup d’entreprises aujourd’hui, en voulant se montrer généreuses, disent qu’elles donnent le maximum du barème Macron. Avec deux ans d'ancienneté, le plafond est de 3 mois de salaires. Quand vous êtes cadre de 50 ans et que l'on vous licencie avec 3 mois de salaire, vous n'allez pas très loin. De plus, avec si peu d'ancienneté, vous n'êtes pas très "bankable" pour un nouvel employeur qui voudra chercher à comprendre pourquoi vous n'êtes pas resté et aura immanquablement des doutes sur votre candidature.

De plus, les RH se retranchent de plus en plus derrière ces barèmes pour tenir des propos tels que  « notre risque juridique est de 3 mois, nous vous donnons donc 3 mois ».

Le premier point important est que les barèmes définissent un plafond mais rien n’interdit de donner plus.

Rien n'empêche l’entreprise d’avoir une vraie politique sociale pour permettre à ses cadres de rebondir sereinement et de proposer des indemnités dans le cadre d’une négociation bien supérieures au plafond. L'entreprise pourrait tenir compte de la situation réelle de ses collaborateurs, l'âge, la situation familiale ....

Le second point est qu’il convient de rappeler que les barèmes Macron s’appliquent en cas de contentieux juridiques. Ce que l’entreprise omet alors, c’est que dans un contentieux juridique au-delà du risque de devoir payer des indemnités, elle aura également des coûts d’avocat qui sont extrêmement élevés (entre 5 000 et 30 000 €). Elle devra gérer le dossier en interne donc aura des coûts analytiques importants.

Par ailleurs, au-delà des aspects financiers, surtout s'agissant de cadres supérieurs et dirigeants, l’entreprise en agissant ainsi fait totalement l’impasse sur des éventuels risque économique sur les clients, risque d’image, risque de motivation des collaborateurs restants etc…

Autrement dit en espérant se dédouaner d'une quelconque négociation et sous un aspect de "pseudo générosité", l’entreprise sous-estime ses coûts réels et s'expose à des risques non maîtrisés.

Une chose est sûre, c'est que l'existence des barèmes Macron crée un affaiblissement considérable des démarches purement juridiques dans le cadre des négociations de départ. En effet, les démarches traditionnelles s'appuyant sur la menace du procès perdent en vigueur et en efficacité. 

Par contre, ces barèmes remettent en selle avec force la négociation, la vraie, celle qui utilise les jeux des acteurs, les intérêts à agir de l'entreprise, les jeux d'influence, celle qui amène l'entreprise à considérer le risque global du dossier de son collaborateur et non plus simplement le risque juridique.

Il importe aujourd’hui de rentrer dans un véritable processus de négociation en utilisant d’autres leviers comme les leviers humains psychologiques, politiques, économiques, l’image de marque etc. pour mener des bonnes négociations et de sortir de la menace traditionnelle "si vous ne me donnez pas ce que je demande, j'engage une procédure prud'hommale".

Il importe maintenant de savoir se parler et de ne plus s'agresser.

Thierry Krief

février 2020

 

 
images