Interview de T. Krief sur France Info

logo France Info
22/07/2015
Rien de plus facile que de démissionner. Le code du travail ne prévoit pas de procédure particulière lorsqu'un salarié souhaite quitter volontairement son entreprise. Seule obligation : respecter le préavis qui est prévu dans le contrat de travail ou dans la convention collective.

Interview de Thierry Krief par Pascal Le Guern
France Info

Pourquoi il ne faut jamais démissionner

 

Pascal Le Guern (PLG)
Rien de plus facile que de démissionner. Le code du travail ne prévoit pas de procédure particulière lorsqu'un salarié souhaite quitter volontairement son entreprise. Seule obligation : respecter le préavis qui est prévu dans le contrat de travail ou dans la convention collective. Reste que ce n'est pas si simple que cela, nous en parlons avec vous,
Thierry Krief,  bonjour.

Thierry Krief (TK)
Bonjour Pascal.

(PLG) Vous êtes le président et fondateur de NegoAndCo, c'est un cabinet de conseil spécialisé dans l'accompagnement des cadres dirigeants. Qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un d'abord à démissionner ?

(TK) Il y a deux grandes raisons en fait qui poussent les gens à la démission : une positive et une un peu moins positive.
La première c'est pour rejoindre un nouvel emploi. C'est-à-dire que lorsque les personnes ont un nouvel emploi, elles se disent mécaniquement « et bien je vais donner ma démission, comme ça je serai libre assez rapidement ». C'est un choix.
La deuxième grande raison c'est une raison un peu plus négative : c'est sous la pression de l'entreprise.
Parfois, les entreprises mettent de la pression sur leurs cadres.

(PLG) Pression psychologique, pression du travail ?

(TK) Par exemple. Il peut arriver un moment où la personne craque, se dise « je n'en peux plus, j'en ai marre, etc. », remette sa démission avec le sentiment d'un soulagement immense. Je pense que c'est une mauvaise raison. C'est une raison mais une mauvaises raison. 
Dans une perspective de carrière professionnelle, je pense qu'il ne faut jamais remettre sa démission. 
Dans les deux cas, je pense qu'il faut discuter avec l'entreprise parce qu'il y a toujours moyen d'amener l'entreprise au dialogue.

(PLG) Quelles sont les conséquences d'une démission ?

(TK) Les conséquences sont vraiment multiples et à mes yeux assez graves sur le plan de la gestion d'une carrière professionnelle. 
Si vous avez démissionné sous la pression, vous vous retrouvez d'un coup sans rien. C'est-à-dire que vous n'avez pas le droit aux indemnités du chômage, vous vous retrouvez sans emploi, vous vous retrouvez en position de faiblesse pour aller négocier un nouvel emploi. Lorsque vous allez postuler, on va vous dire « ah vous êtes sans emploi !?» et vous êtes forcément moins « attirant » qu'une personne qui a un emploi.

(PLG) On ne prête qu'aux riches ?

(TK) Absolument ! Donc mécaniquement après la phase de soulagement qui est assez agréable à vivre, il y a à une phase où vous vous dites « je n'aurais jamais dû faire ça ».

Si vous avez démissionné pour rejoindre un nouvel emploi vous vous dites « de toute façon aucun risque je suis serein, j'ai un nouveau job ». Oui, mais il peut arriver que pendant la période d'essai, l'entreprise se soit réorganisée, que la personne qui vous a embauché ait été mutée, promue, ait démissionné, ait été licenciée, et qu'on vous dise « et bien vous êtes gentil, on vous aime bien, mais finalement non c'est fini ».
De la même façon, vous vous retrouverez sans rien puisque vous avez démissionné de votre précédent emploi. Donc, vous vous retrouvez comme le cas précédent en situation de faiblesse sur le marché du travail et à partir de là, cela génère vraiment des conséquences importantes sur votre vie professionnelle et sur la suite de votre carrière.

(PLG) Est-ce qu'il y a des options alors plus souples qu'une démission ? Vous avez parlé de dialogue, quelles sont les alternatives ?

(TK) Je suis persuadé, parce que je le pratique au quotidien, qu'il est toujours possible d'amener l'entreprise au dialogue et qu'il est toujours possible de faire en sorte que l'entreprise discute avec vous de conditions de départ. 
Il ne s'agit pas d'agresser, il ne s'agit pas d'attaquer, il s'agit de poser les problèmes et de trouver des solutions. 

La négociation entre un cadre et un employeur c'est un jeu de diplomatie. Bien amené, on peut faire en sorte que l'entreprise ait intérêt à vous dire : « bon peut-être qu'il vaut mieux qu'on se sépare, nos destins se séparent ici, etc. ». 
Du coup vous rentrez dans un processus de négociation de départ et vous utilisez deux outils : les outils juridiques que ce soit le licenciement si l'entreprise souhaite vous licencier ou la rupture conventionnelle qui vous permet notamment de bénéficier par la suite des indemnités chômage, etc., plus au passage de récupérer un minimum d'indemnités.

(PLG) La rupture conventionnelle en deux mots qu'est-ce que c'est ?

(TK) C'est un outil qui permet de rompre le contrat de travail. C'est un outil assez simple, qui est assez jeune. En fait, cela permet lorsque deux personnes ne sont plus d'accord pour travailler ensemble -ou plutôt une entreprise et un salarié- de se séparer sans entrer dans un conflit juridique.
Pour nous, en tant que négociateurs, c'est un véritable outil qui permet de faciliter le processus de négociation. 

Par contre, il faut être prudent sur une chose : ce n'est pas un outil de négociation. Cela permet de faciliter la rupture et surtout j'attire l'attention de certains de vos auditeurs lorsqu'ils pensent qu'avec la rupture conventionnelle, il suffit d'aller voir l'employeur en disant : « toc, toc, toc, chef, et si on se séparait ? ». 
Il faut savoir que l'entreprise n'est pas là pour vous financer ! Donc mécaniquement, demander la rupture conventionnelle met la personne en position de faiblesse. 
Il n'est pas illégitime que, du coup, l'entreprise interprète votre demande comme « tiens, il veut partir, tiens il n'est plus motivé, tiens finalement il a peut-être trouvé un autre emploi ailleurs, tiens peut-être a-t-il un projet de création d'entreprise. Et moi responsable des ressources humaines -par exemple-, je défends les intérêts de l'entreprise et c'est normal et bien, je vais attendre un petit peu, il va finir par partir ». 

Ce que je veux dire c'est que l'outil est vraiment simplificateur par contre attention : moi qui suis un négociateur, cet outil est souvent un piège à la négociation. Soyez prudents dans son utilisation.

(PLG) Quelles sont les bonnes questions à se poser avant de faire le choix d'une démission ?

(TK) Alors c'est sur que je m'adresse essentiellement aux cadres voire aux cadres supérieurs plus et dirigeants, mais il ne faut pas démissionner. À démissionner, on perd trop. 
Je ne m'adresse pas aux jeunes qui arrivent sur le marché de l'emploi ou parfois la démission permet de progresser très vite, de ne pas trop se poser de questions. 
Mais à partir d'un certain âge ou d'un certain niveau de compétence, le taux de « ré employabilité » -si je peux me permettre cette expression-, devient de plus en plus faible. Il devient de plus en plus difficile de trouver un emploi et une bonne négociation de départ permet d'assurer une assise a minima financière, ce qui est important.
Si on n'a pas d'argent lorsqu'on va voir un DRH ou lorsqu'on va à un entretien d'embauche, on n'est pas serein. 

Donc, il y a des moyens d'être serein et il y a toujours moyen d'amener l'entreprise dialogue.

(PLG) Merci Thierry Krief je rappelle que vous êtes président fondateur de NegoAndCo, c'est un cabinet de conseil spécialisé dans l'accompagnement des cadres dirigeants. Merci beaucoup.